PÉTROLE : BLUFF OU APOCALYPSE ?
Mardi, juin 17th, 2008138 dollars à New York, lundi 16 juin 2008, 16 h 00. Il est presque tentant de donner le prix du pétrole à l’heure près. Les + 108 % en un an incitent à ce genre de précision. Et dans la foulée de ce constat, entre deux prières et trois manifestations contre le pétrole cher, tenter de comprendre pourquoi ce diable de pétrole qui valait 10 dollars en 1998 en est là. Il est indéniable que les traders fous et équilibristes de la spéculation tentent de se refaire une santé sur les matières premières après la claque des subprimes. Le FMI n’estime-t-il pas la perte à 1 000 milliards de dollars ? pour cela les matières premières offrent un potentiel intéressant en combinant une demande en hausse et une production qui ne suit pas. Néanmoins cette phase spéculative est déjà passée en partie sur le blé avec l’annonce de bonnes récoltes. Mais sur le pétrole que nenni… Regardons alors du côté du mécanisme classique de l’offre et la demande. Et là, le grand flou. Car pour estimer si une matière est rare, il est nécessaire d’en connaître les réserves ; et pour le pétrole, cela tient du mystère. En effet, comme le rapporte Eric Laurent dans son livre, les réserves de pétrole de l’OPEP ont changé entre 1983 et 1990 sans qu’aucun gisement majeur ne soit découvert. Cela commence en 1983 avec un Saddam Hussein qui, en pleine guerre avec l’Iran, souhaite démontrer la solvabilité de son pays pour emprunter et gonfle quelque peu ses réserves qui passent de 29,7 milliards à 41. Cet élan d’euphorie va rapidement être contagieux puisqu’en 1988, Abou Dhabi, Dubaï, l’Iran et l’Irak multiplient leurs réserves… toujours sans découverte. L’Arabie Saoudite ne voulant pas être en reste suit le rythme, et en 1990 annonce 258 milliards de barils contre 169,97 l’année précédente. Mais le miracle ne s’arrête pas là. Car depuis cette date, ces réserves ne diminuent plus. Les 6 milliards de barils brûlés au Koweït par les Irakiens en fuite ? Inconnus au bataillon. Abou Dhabi persiste et signe à 92 milliards depuis 10 ans. Alors qu’en est-il ? Si nous prenons les chiffres antérieurs au « miracle » des années 90, les réserves des pays membres de l’OPEP seraient de 383 milliards au lieu des 701 milliards annoncés. Ce qui représente 14 années de consommation au rythme 2006. Voilà peut-être pourquoi les pays du Golfe, via leurs fonds souverains investissent ailleurs que dans le pétrole et que ce cher baril poursuit sa hausse quotidienne.
En 1986 les membres de l’OPEP ont réévalué leurs réserves de pétrole à l’image de ce qu’avait fait l’Irak en 1983, puis le Koweit en 1985. Ceci a été fait par accord entre les pays pour augmenter leur production en fonction des réserves. Pourtant aucune nouvelle découverte n’est venue matériellement justifier cette hausse. De plus, depuis cette date, leurs réserves ne diminuent plus, et ce, malgré l’extraction… Alors qu’en penser ? Si nous prenons les chiffres antérieurs à cette hausse virtuelle, les réserves actuelles ne sont pas de 701 milliards de barils mais de 383…