Ma génération, celle des enfants de 68, les filles et fils des baby boomers, a connu l’enfance de la parenthèse enchantée : pantalons pattes d’éph, pulls en acrylique multicolores et bonbons Haribo. Ma génération a vu ses parents s’enrichir en travaillant, acquérir plus de biens et d’objets qu’un millionnaire américain des années 20 et s’offrir ce qui passait pour un luxe absolu pour mes grands-parents : voyages en avion, automobile, chauffage central et crédit illimité. En sont-ils devenus plus heureux ? Ma génération est arrivée sur le marché du travail avec la crise aux fesses, comme un pitbull sans muselière. Ceux qui nous suivirent connurent les stages kleenex, les parents virés à 50 ans pour manque de productivité et trop gros salaires. Et puis, et puis, le doux rêve du progrès nous a offert l’autre face : Seveso, Sida, vache folle, Erika, particules diesel… Pour les parents, Alzheimer à tous les étages, cancer et Parkinson.
Pendant ce temps, l’écran cathodique s’était spécialisé dans le détournement de révolte immédiat. Le pire punk nihiliste, après trois campagnes de pub et un défilé de mode devenait tendance et vendeur… La révolte était consommée. Pendant ce temps l’économie virtuelle créait de la richesse à la même vitesse que Second Life crée du bonheur… Pendant ce temps, l’individualisme devenait égoïsme, le repli en mode de vie et l’autre, le responsable. Collectivement le ON remplace le NOUS. On ne peut rien faire, c’est l’autre qui pollue (le 4X4, le Chinois avec ses produits, l’Américain avec son mode de vie, le mouton avec ses pets au méthane…).
Et puis voilà, la crise est là. Le réel revient au pas de charge. Avec le dérèglement climatique en seconde vague, avec le problème de l’eau, l’atteinte fatale à la biodiversité… Sur Second Life cela est sans dommage… jusqu’à la coupure de courant. Mais ici, la partie est finie. Fin du jeu, début du JE.
Ma génération a le choix entre inventeurs et conservateurs. Celles et ceux qui veulent prolonger le 20ème siècle, repousser encore un peu l’échéance. Les Berlusconi et autres conservateurs qui retapent un modeste plan climat au nom de la crise. Les tenants du retour aux sources, du maintien de l’état de fait, au prix du sacrifice immédiat de la démocratie et de tout futur ; et celles et ceux qui inventent dès maintenant un futur viable. Pas pour les générations futures… d’ailleurs celle née l’année du rapport Bruntland, cette génération future, a 21 ans cette année. Bon anniversaire pour le 21ème siècle. Alors ma génération sera une somme de je qui fait un nous. Un nous qui refuse la pensée délétère du toujours plus, du temps de cerveaux disponibles. Nous avons l’obligation physique et morale de favoriser le moindre impact, la dématérialisation de l’économie et nous nous devons de reprendre en main la politique pour qu’enfin nos valeurs et la démocratie puissent vivre, tous les jours.
Image Cécile Bourdais