UN GRAND PARI ?
Lundi, mai 18th, 2009
Depuis quelques jours les projets des 10 architectes ayant travaillé sur le Grand Paris sont visibles à la cité de l’Architecture et du Patrimoine.
Tout d’abord nous sommes restés perplexes devant la mise en scène des projets : tous les architectes ont parlé de l’importance de la concertation citoyenne sur un projet d’une telle envergure, sur le fait qu’il fallait que la population (a minima francilienne) participe d’une manière ou d’une autre à la mise en œuvre. Or le premier égard eut été que les gens aient accès aux dits projets, ce qui n’est pas le cas en pratique : des espaces exigus, triangulaires et sombres (bon courage pour les fauteuils roulants), une avalanche de mots et d’images, des écrans plats dans tous les sens (d’où l’inadéquation de l’espace en triangle…), des schémas, des dessins totalement abscons pour une personne ne faisant pas parti du cercle des initiés. On sait que les équipes ont beaucoup travaillé (vu l’exhaustivité du sujet, c’est une évidence). Le public n’avait pas besoin de “preuves” mais d’une synthèse lisible et compréhensible par tous.
Or c’est exactement l’inverse, pour exemple : « émergence de balise », « commutateurs », « topolitique », « métropole poreuse » etc. Pour qui vit le quotidien d’un train de banlieue ou d’une rue parisienne, c’est à l’image de la société française dont les élites sont totalement coupées des réalités de la population, pardon de la “France d’en bas”.
Loin de nous l’idée de critiquer les pensées des architectes – il fallait forcément en passer par là dans les étapes de réflexion ayant abouti aux projets – mais ne pas faire un travail de synthèse, de communication intelligible afin de rendre compréhensibles les projets et de donner envie aux gens de participer à la construction de leur avenir, est soit stupide soit délibéré. Soit on est enfermé dans sa tour d’ivoire en s’imaginant que n’importe quel quidam est à même de comprendre un plan de mobilité à l’échelle d’un territoire, soit on n’a aucune envie que les gens participent car on agira de manière unilatérale comme cela a été fait trop souvent. Nous continuons à nous interroger sur le choix des messages…
Novethic a publié un article intéressant sur les aspects de durabilité du Grand Paris. Nous partageons une grande partie de leurs interrogations. Nous avons quant à nous deux questions sur la partie environnementale et durable : quels sont les moyens financiers qui seront concrètement mis en œuvre et quelle est la réelle volonté politique qui sous-tend cette consultation ? Car si c’est pour que cela accouche d’une souris (et encore, transgénique le mulot nouveau-né !) comme le Grenelle de l’environnement, nous ne voyons même pas l’intérêt d’en débattre. Car dans la vraie vie, un budget donné permet de décider de telle ou telle stratégie qui sera VRAIMENT mise en place. Ce que les gens attendent, ce sont des réalisations concrètes qui vont effectivement changer leur quotidien de francilien. Nous avons 10 ans de retard en investissements dans le réseau des transports et les usagers le payent chaque jour. Nous restons donc pantois face à des propositions du type « relever d’un étage tous les immeubles parisiens » (imaginons un instant le budget d’une telle idée – sans même imaginer la faisabilité – et l’on a de quoi améliorer grandement les services RATP et RER confondus !).
Cependant, une fois passé l’aspect indigeste de la scénographie, il y a de très belles idées, généreuses et réalistes à prendre. Nous avons aimé les propositions de l’équipe Nouvel-Cantal-Dupart-Duthilleul sur les transformations légères, la mise en place progressive, le recyclage, celles du Groupe Descartes de permettre des modifications dans l’habitat existant, celles de l’équipe AUC d’agir sur des territoires jusqu’à présent délaissés, etc. Il y a du bon dans (presque) toutes les propositions, mais le passé nous enseigne que la planification et l’imposition de chose pensées à trop grande échelle n’a jamais donné les résultats escomptés. Avancer plus modestement mais agir reste une meilleure réponse que les projets sublimes qui sont restés « vues de l’esprit » car impossible à mettre en œuvre.
Cette consultation était-elle donc pertinente ? Devons-nous réellement consacrer des sommes considérables pour renforcer l’attractivité de la capitale et ce centralisme déjà trop fort ? Le Président de la République n’aurait-il pas dû interroger ces mêmes architectes après lecture du rapport Stiglitz et poser la question plus large de l’urbanisme pour un 21ème siècle durable ? S’attacher à l’occupation du territoire, de la valorisation des énergies locales (éolien, biomasse, hydrogène…), du maillage culturel, du modèle de ville vivable et viable, la ville durable avec ses contraintes d’approvisionnement en circuit court et ses capacités de communication à haut débit ? Peut-être le nœud du problème était-il là, poser une question du 19 ème siècle au 21ème siècle ?
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