Le secteur aérien est « seulement » responsable de 3 % des émissions de CO2 dans l’atmosphère. Sa contribution au réchauffement climatique est donc minime comparée à celle des transports routiers ou maritimes. Ce n’est pas une raison valable pour ne pas s’en préoccuper. Plusieurs concepts d’avions solaires ont été développés ces dernières années, mais de nombreux vols au pétrole seront effectués avant qu’ils puissent voir le jour !
La fin de l’année 2008 a été marquée par une expérience intéressante, résultat d’une initiative d’Air New Zealand, de Boeing, de Rolls-Royce et de l’UOP. Un Boeing 747-400 a été en partie alimenté par un agro-carburant issu du jatropha. Le jatropha est une plante qui ne peut être consommée ni par les hommes ni par les animaux du fait de la toxicité de sa sève et de ses baies. Aimant les terrains peu fertiles, elle pousse dans de nombreux pays, principalement en Afrique, en Amérique Centrale, en Amérique du Sud et en Asie. On dénombre environ 160 espèces différentes de jatropha, certaines sont exploitées pour leurs vertus médicinales, les autres sont exploitées pour produire de l’huile. L’huile du jatropha présente des propriétés comparables au diesel ; une fois raffinée elle permet de créer du kérosène de synthèse, qui est ensuite mélangé en quantités égales à du carburant standard. Air New Zealand a mis en place la traçabilité de son agro-carburant ; l’huile de jatropha utilisée par la compagnie aérienne, produite par Terasol Energy, provient de plantes cultivées sur des exploitations agricoles durables en Asie du Sud-Est, en Afrique et en Inde.
Air New Zealand, qui a déjà mis en place un programme de compensation carbone volontaire pour ses clients avait annoncé cette expérience depuis le milieu de l’année 2008. La compagnie aérienne et ses partenaires affirment que l’agro-carburant issu du jatropha devrait être d’aussi bonne qualité que celui à base de pétrole, que son tarif serait compétitif et qu’il pourra être produit facilement. Chris Lewis, spécialiste de la société Rolls-Royce affirme que « les essais de laboratoire ont montré que l’assemblage final a d’excellentes propriétés, et que dans de nombreux cas il dépasse les exigences techniques strictes des carburants utilisés en matière d’aéronautique civile et de défense ». Selon les estimations scientifiques, le carburant issu du jatropha permettrait de réduire de 40 à 50 % les émissions du transport aérien (voir le rapport environnement d’ANZ, ici). Plus encore, la culture de jatropha n’est pas en concurrence avec les cultures vivrières, puisque cette plante n’est pas comestible ; et étant adaptée à des terrains non-arables, sa culture n’entraînera pas la substitution de champs de céréales et permettra même de développer des économies locales pour zones peu exploitables pour l’agriculture.
L’expérience a été un succès. Air New Zealand a fait un premier pas important pour le secteur aérien. D’autres compagnies lui ont emboîté le pas, notamment l’américaine Continental Airlines qui va expérimenter le 7 janvier 2009, un mélange de kérosène, de jatropha et d’algues sur les deux moteurs d’un Boeing 737.
Air New Zealand, le rapport environnement d’ANZ ici
Business Travel