Lorsque nous avions imaginé l’exposition « Est-ce que j’ai une tête de génération future ? » à Lille, dans le cadre du Festival des futurs viables, nous avions choisi de mettre en avant que les problèmes écologiques ne dataient pas d’hier.
En faisant réaliser par 3 photographes lillois (Aimée Thirion, Maxime Dufour et PIB), 21 portraits de 21 jeunes de 21 ans, nous voulions marquer les esprits sur cette génération future née l’année du rapport Bruntland, en 1987. Et oui, 21 ans déjà que nous entendions le discours du développement durable « pour les générations futures » avec force réclame verte (le perpétuel poupon charmant, éternelle jeunesse). Pourtant, le temps est une variable incontournable d’une approche systémique.
Farid Derradj photographié par PIB, Laura Zuchnicki photographiée par Aimée Thirion, Thyl Desbonnet photographié par Maxime Dufour
Donc, revenons à notre histoire et notre temps. Ce temps long ou cette histoire braudelienne pour parler de l’histoire de l’étude de l’interdépendance entre climat et émissions de GES d’origines humaines.
Svante Arrhenius (1859-1927), savant suédois, a été le premier à évoquer l’effet d’accumulation des CO2 rejetés par la combustion de carbone fossile (à l’époque, le charbon) et ses possibles interactions avec le climat. A lire sur cette histoire du réchauffement climatique.
http://www.lenntech.com/fran%E7ais/effet-de-serre/histoire-rechauffement-global.htm
Avec Thomas Chamberlin, ils ont intégré ce paramètre en plus des variations naturelles de la température terrestre (activité solaire, capacité d’absorption des océans, activités volcaniques…). Leurs travaux ont suscité peu d’intérêt et se sont heurtés à la difficulté de modéliser le climat (les capacités de calcul au 19ème siècle était limitées par la capacité mémoire des ordinateurs de l’époque… problème qui n’est pas encore totalement résolu à ce jour, et ce malgré l’invention dudit ordinateur entretemps).
Ces travaux ont été repris dans les années 60 (ce que rappelle Al Gore dans son documentaire en citant les travaux de Charles Keeling). Il démontra aussi un cycle régulier de glaciation/réchauffement. Les médias s’emparèrent du thème « nouvelle glaciation » qui éclipsa les travaux sur le lien gaz à effet de serre et rejet d’origine humaine (plus médiatique et plus en corrélation avec des phénomènes météorologiques extrêmes que connaissaient les Etats-Unis, en particuliers des hivers rigoureux… et oui, déjà, certains médias confondaient météorologie et climatologie). C’est seulement en 1987 que le thème de nouvel âge glaciaire fut écarté face aux relevés qui démontraient une hausse globale de la température moyenne terrestre, entraînant une modification du climat.
Alors 200 ans de réchauffement planétaire? Cela correspond, symboliquement, à l’entrée dans l’ère industrielle et l’utilisation de combustible fossile comme source d’énergie (charbon puis pétrole et gaz naturel mais aussi méthane issu de l’agriculture intensive, NH4…). Voilà pourquoi certains scientifiques parlent d’un passage à l’anthropocène.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Anthropocène
Que faut-il en retenir ? Que nous avons un vrai problème de tempo ! Et le présent immédiat qui semble régir nos actes, nos décisions qui répondent à un timing qui doit mêler en une même unité, passion et solution, ne fera pas l’affaire. Nous ne pouvons plus nous permettre d’être des « agités du bocal » qui s’adonnent avec délice à une panique par jour (le lundi, la peur de l’avion, le mardi, l’écologie et le mercredi la grippe H1N1) et la même coupable amnésie le lendemain. Tout cela semble vain si nous nous rappelons que nous sommes simplement en train de changer d’ère par notre activité quotidienne !
Prenons notre temps de considérer le Temps long, celui de notre histoire humaine, celui de notre avenir commun.
Les liens vers les sites des trois talentueux photographes lillois :
http://athirion.com/
http://www.maximedufour.net/flash/index.html
http://www.myspace.com/pib59